Colonel Sun – 1968

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Colonel Sun est le premier « vrai » roman de James Bond à ne pas avoir été écrit par Ian Fleming, mort en 1964. Écrit par Kingsley Amis, sous le pseudonyme Robert Markham, il a été publié le 28 mars 1968. Il s’agit du seul roman bondien a avoir été écrit par Amis.

La traduction française, signée France-Marie Watkins, est également sortie sous titre de Colonel Sun en 1969.

Synopsis

Le chef de James Bond et grand patron des services secrets britanniques, M, a été enlevé par des inconnus et 007 s’élance seul à la poursuite des ravisseurs, et en se jetant volontairement dans la gueule du loup. Une gueule de loup qui au début avait les traits charmants d’une ravissante Grecque. Et brusquement, l’agent 007 se retrouva seul contre deux puissances mondiales, pris dans un étau, affrontant un chinois sadique, les services secrets russes et un ancien SS. Pour se tirer d’affaire, James Bond a pour toute armée une jolie fille et un pêcheur grec. Et c’est n’est pas sûr qu’ils lui servent à grand-chose lorsqu’il se trouve dans une cave, bien ligoté, avec devant lui un plateau d’instruments de torture…

Résumé détaillé

(Tirée de la VF). Le roman commence par une partie de golf entre Bill Tanner et James Bond, à l’issue de laquelle 007 décide de rendre visite à M qui est en convalescence à Quarterdeck ; cependant sans qu’il s’en rende compte, il est suivi. Arrivé à la villa, il ne trouve personne, pas même les Hammond. Un homme arrive derrière lui et lui braque son arme, on l’emmène à l’étage où se trouve M et on essaye de le droguer afin de le kidnapper ; mais il parvient à se débattre suffisamment pour réussir à s’échapper laissant M aux mains des ravisseurs. Bond perd connaissance un peu plus loin.

Le lendemain, il se retrouve dans un commissariat où Tanner fait son apparition, de là s’ensuit une réunion entre le haut commandement sur l’incident. Il en résulte que l’on a trouvé un papier avec des noms et des numéros de téléphone grecs sur un papier dans le portefeuille du cadavre d’un des ravisseurs.

Sentant le piège à plein nez, Bond décide de se rendre à Athènes où il est à peu près sûr que les malfrats vont essayer de le kidnapper à nouveau. Sur place il rencontre une jeune femme nommée Ariadne (Ariane dans le VF) Alexandrou qu’il va aider à se débarrasser d’un homme qui la harcèle. C’est alors qu’ils vont passer beaucoup de temps ensemble et que des sentiments vont naître, Bond attend toujours qu’elle le piège. C’est le cas près d’un monument où des hommes arrivent pour emmener l’agent. colonel_sun4 Cependant Ariadne se met à les agresser et ils parviennent à s’enfuir tous les deux. Elle lui explique qu’elle avait bien comme mission de l’enlever, cependant les hommes qui sont arrivés n’étaient visiblement pas des siens.

Elle l’emmène dans une planque où se trouve quelques membres de son organisation et il apprend tout : elle fait partie du GRU, service de renseignements de l’armée Russe. Elle devait le kidnapper et l’emmener quelques jours dans la planque car la Russie prépare un « événement » important et la présence de Bond à Athènes, vu ses états de service, est considérée comme fortement nuisible à cet événement. Des ennemis arrivent et l’endroit est pris dans une fusillade, seul Bond et Ariadne en réchappent.

Le lendemain, 007 essaye de contacter son contact local, un certain Thomas, mais il se rend compte que sa boutique vient de partir en flamme ; Ariadne propose alors de contacter un ancien ami de son père marin avec lequel ce dernier avait fait la guerre, un dénommé Litsas. Celui-ci a du mal à accepter de les aider mais le nom de Von Richter, ancien criminel de guerre qu’il a connu, évoqué par Ariadne lui fait changer d’avis. Ils partent en mer pour Vrakonisi (là où doit se dérouler l’événement) sur un bateau nommé l’Altaïr avec un beau stock de munitions. Ariadne explique en quoi l’événement consiste : plusieurs membres importants de son pays doivent rencontrer discrètement des dirigeants d’autres pays européens et africains sur l’île, histoire de les influencer pour qu’ils deviennent alliés dans le cadre de la guerre froide. Bond comprend que si un incident devait se dérouler lors de cette réunion, le prestige de l’URSS en prendrait un coup et l’Angleterre aussi vu que le kidnapping de M doit surement servir à faire porter le chapeau à l’Angleterre si quelque chose de grave venait à se dérouler. Il comprend que tout cela profitera à la nouvelle puissance mondiale émergente : la Chine.

Après avoir été attaqués en mer, ils arrivent aux abords de l’île. Ariadne descend et se rend à l’endroit où doit avoir lieu le meeting afin d’en aviser la sécurité et son supérieur, Igor Arenski. Cependant Arenski n’en croit pas un mot et pense que ce doit être un coup monté pour saboter la réunion, il lui ordonne de le ramener Bond ici en usant de ses charmes, il veut devenir « L’homme qui a tué James Bond ». De retour sur l’Altaïr au lieu de faire venir Bond à la rencontre de Arenski, Ariadne lui explique que son supérieur pense que c’est un piège et donc que son aide ne sera d’aucune utilité. Ils se mettent alors à la recherche de Von Richter auprès de la population, il n’est pas dur à trouver à cause de ses nombreuses cicatrices sur le visage. Bond suit Von Richter, celui-ci le mène dans une maison dans les récifs de Vrakonisi. Caché derrière la maison, il aperçoit un Chinois, sa théorie se confirme et il les entend discuter. Ils parlent du terrain assez plat aux alentours, et cherchent un endroit pour y poser un engin, que Bond pense atomique. James Bond revient au bateau et explique son plan à Lithias et Ariadne, soit l’assaut furtif de la maison au petit matin.

colonel_sun5Cependant, alors qu’ils sont en mer, ils sont pourchassés par un bateau Russe et doivent nager jusqu’à la côte. Le bruit et la lumière qu’a produite la poursuite ont alarmé les occupants de la maison. Dès que Bond atteint la plage, il est assommés. En se réveillant il reconnaît les agresseurs de M, Von Richter et le chinois qu’il avait vu la veille. Celui-ci se présente comme le colonel Sun Liang-tan de l’armée populaire de Chine. Un homme assez juste, qui confirme que son plan est sensiblement le même que celui que Bond avait imaginé. Le lendemain matin, les équipes de Von Richter installeront un Mortier britannique près de la maison et commenceront le bombardement sur celle des Russes. Ensuite un faux accident qui arrive fréquemment à cause de la sensibilité des obus se produira sur le mortier, ce qui fera exploser ses soit-disant opérateurs qui seront Bond et M ; on retrouvera leurs corps. Sun annonce à Bond qu’il va le torturer, non pas pour obtenir des informations, mais pour expérimenter de nouvelles techniques très douloureuses qu’il a imaginé.

Après avoir vu M dans sa cellule, Bond est descendu à la cave et est attaché à une chaise.

Un homme vit dans sa tête. C’est là que se trouve son âme. Et c’est vrai objectivement et subjectivement. Il m’est arrivé d’être présent, une fois, quand un prisonnier américain, en Corée, a été privé de ses yeux. Et il s’est produit la chose la plus surprenante. Il n’était plus là. Il était parti, tout en restant encore en vie. Il n’y avait personne dans son crâne. Très curieux, je vous l’assure. Alors, James, je vais pénétrer le siège de votre vie, l’intérieur de votre vie, l’intérieur de votre tête. Nous allons commencer par l’oreille. Je vais prendre cette lardoire et la faire pénétrer dans votre cerveau. Au début vous ne sentirez rien. En fait, vous n’éprouverez aucune sensation. La membrane du tympan, que je vais stimuler, n’a pas de nerfs récepteurs, uniquement des centres de douleur. Alors la première chose que vous saurez sera… allons, je vous laisse mettre un nom sur ce que vous éprouverez. Si vous le pouvez.

Kingley Amis
Colonel Sun

colonel_sun2Se produit alors une scène de torture violente et horrible où le colonel Sun insère divers objets métalliques dans le crâne de Bond, ses oreilles et le nez… Sun appelle une de ses deux domestiques. Il sait que Bond éprouve beaucoup de plaisir avec les femmes et veut qu’il la regarde impuissamment lorsqu’elle sera nue pour faire durer la souffrance. Celle-ci refuse mais Sun menace de la tuer, elle s’approche alors de Bond et lui monte dessus. Cependant, elle avait dérobé un couteau sur la table des instruments et après avoir coupé les liens, elle remet le couteau dans la main de Bond. Réunissant toutes ses forces, Bond lève le couteau et le plante deux fois dans le dos de Sun. Le colonel Sun à terre, Lohmann, le médecin qui se trouvait dans la pièce vient aider Bond au lieu de Sun. Il dit qu’il ne pouvait plus supporter cette scène de torture et qu’il savait qu’il allait être descendu comme tous les autres dès que l’opération serait finie. Il lui remet le couteau, lui fait une piqure qui le requinque partiellement et lui fournit oralement le plan des lieux et la position des derniers hommes ; il ne reste que vingt minutes avant les premiers tirs de mortier. Armé seulement d’un couteau, Bond libère Litsas détenu dans une pièce de la maison, puis Ariadne qui s’est apparemment faite violer, et s’ensuit alors une élimination furtive des compères de Sun. Cependant Bond se fait repérer par Von Richter. Celui-ci accourt au mortier et a le temps de tirer, mais les obus frôle la réunion pour tomber finalement à la mer. Ils réussirent à le stopper et le capturer, et Litsas part faire une balade en mer avec lui et un revolver…

Alors qu’il pense qu’il n’y avait plus personne, Bond rentre dans la bâtisse retrouver Ariadne et M. Néanmoins, il aperçoit plusieurs taches de sang sur le sol et accourt à la cave. Il voit le cadavre de la fille qu’il l’avait aidé ainsi que Lohmann mourant, troué de tous les côtés encore conscient sous l’effet de la morphine qu’il s’était administré. Celui-ci lui révélera que malgré ses blessures fatales, Sun a réussi à se relever et à fuir. 007 suit les traces de sang jusqu’à un rocher en extérieur où Sun est adossé, un obus à la main qu’il essaye de lancer sur Bond, sans succès. Bond lui plante alors le couteau dans le cœur, ce qui marqua la fin du colonel Sun.

Le roman se termine dans un hall où Bond en présence de M discute avec un politique de l’Angleterre ayant pour travail d’arranger auprès de la Grèce la pagaille qu’ils ont causée. Ils ont les remerciements des Russes pour avoir sauvé leur conférence. D’ailleurs, ils ont envoyé Arenski au goulag. Bond remercie une dernière fois Litsas et vient parler à Ariadne et propose à cette dernière de partir avec lui…

Personnages principaux

  • James Bond
  • M : patron de Bond et chef du SIS, enlevé pour des raisons obscures
  • Colonel Sun Liang-tan : de l’Armée de Libération Populaire
  • Ariadne Alexandrou (VO) ou Ariane Alexandrou (VF) : agent communiste grec qui aide Bond à vaincre le Colonel Sun et ses affiliés
  • Niko Litsas
  • Igor Arenski
  • Ludwig Von Richter
  • De Graaf

Anecdotes

En 1991, Kingsley Amis a écrit une courte introduction pour le roman : « J’ai écrit ce livre […] parce qu’on m’a demandé de le faire et parce que je trouvais le projet irrésistible. […] Bond n’avait encore jamais opéré sur le territoire continental de la Grèce, et encore moins les îles, pas plus que moi, mais j’avais un ami américain qui parlait le grec et qui m’avait déjà promis de tout me montrer de l’Acropole d’Athènes […] à Rhodes […]. En outre, M est là, non pas par choix, et une bonne raison de sa présence c’est que j’ai remarqué sur une carte que sa maison à Windsor Park est à seulement quelques kilomètres de l’aéroport de Londres, donc quiconque envisage de le kidnapper et de faire sortir du du pays… […] Il m’a fallu deux voyages, bien sûr à Athènes et Pirée et le Cap Sounion ainsi que les îles Cyclades, Kea, Kithnos, Serifos, Sifnos, Paros, Naxos, Ios, c’est parmi les trois dernières que j’ai placé mon île fictive, Vrakonisi. Le premier voyage a été fait pour trouver des idées, le second pour vérifier si ce que j’avais écrit était exact […]. Nous sommes monté sur un bateau de pêche d’une cinquantaine de pieds appelé l’Altair, le jumeau de celui du livre […] ».

Le 13 avril 1967, Ann Fleming, la veuve de Ian, a écrit ceci à Lord Campbell : « Depuis que Peter Fleming [un frère de Ian] a accepté la contrefaçon de Bond, je suis prête à accepter son jugement. Bien que mon dégoût pour le projet n’est en rien modifié, je pense Amis devrait publier sous son propre nom et montrer au monde que ses prétentions intellectuelles de gauche ont été facilement délaissées pour faire de l’argent ; comme pour tout le monde ».

Since the exploiters hope « Colonel Sun » will be the first of a new and successful series, they may find themselves exploited. Amis will slip « Lucky Jim » into Bond`s clothing, we shall have a petite bourgeois red brick Bond, he will resent the authority of M, then the discipline of the Secret Service, and end as a Philby Bond selling his country to Spectre. James to Jim to Kim.

Ann Fleming
Critique de Colonel Sun

Pour le pseudonyme sous lequel devait être écrit le roman, Peter Fleming avait initialement suggéré « George Glidrose » (Glidrose est l’ancien nom de Ian Fleming Publications). Jonathan Cape a cependant rejeté ce nom, prétendant qu’il n’était pas assez commercial et « Robert Markham » fut ensuite choisi à la place. Malgré cela, la participation d’Amis n’était pas un secret, dés 1968 l’édition américaine Bantam Books identifiait Kinglsey Amis comme l’auteur sur leurs couvertures (bien que le nom se trouvait entre parenthèses et accompagné du traditionnel Robert Markham).

Le 28 avril 1968, les lecteurs du The New York Times Book Review peuvent lire ceci :

« Bien que les avis des Anglais ne sont pas si bon, les ventes anticipées ont indiqué que M. Amis ne pourrait pas considérer Colonel Sun comme un simple one-shot, mais pourrait continuer [à écrire des James Bond]. Si c’est le cas, le nouveau Bond déroulera très probablement au Mexique, que Amis a visité en janvier. J’ai été immédiatement stimulé par celui-ci, dit-il à son domicile de Londres, et ne pouvait pas m’empêcher de penser à Bond. C’était tout simplement son genre d’endroit.
M. Amis ne se déplace jamais par avion, […] il est allé de St. Louis à Mexico par train. En route, il s’est souvenu que Bond aimait les trains et s’est retrouvé a imaginer un assassinat dans un train. Alors que son train avançait, il y a eu la phrase inévitable : « Bond n’avait jamais aimé Acapulco ».

Des rumeurs font aussi état que le scénario de cet hypothétique futur roman d’Amis pourrait tourner autour de tensions entre le Honduras britannique et le Guatemala et le Mexique. Le 24 octobre 1970, les lecteurs du Lawrence Journal-World peuvent lire que Kingsley Amis a dit que : « son héros [007] va être soufflé par un barman tenant un bazooka dans un train à Mexico ». Amis aurait aussi approché Glidrose avec une idée pour une nouvelle dans laquelle Bond serait sorti de sa retraite à 70 ans pour sauver un sénateur américain enlevé par un Colonel-General russe et que Bond mourrait sans doute en tombant d’une cascade.

La scène de torture de Colonel Sun a servit d’inspiration pour celle du film 007 Spectre.

L’auteur : Kingsley Amis

Kingsley Amis

Roman écrit sous le pseudonyme de Robert Markham.


Titre de travail : Dragon Island

Arme de service principale : Un « Walther »

Voiture : Bentley Continental

Pays principaux : Grèce


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Chapitres

1. A Man in Sunglasses
2. Into the Wood
3. Aftermath
4. Love from Paris
5. Sun at Night
6. The Shrine of Athene
7. Not-So-Safe-House
8. Council of War
9. The Altair
10. Dragon Island
11. Death by Water
12. General Incompetence
13. The Small Window
14. The Butcher of Kapoudzona
15. ‘Walk, Mister Bond’
16. The Temporary Captain
17. In the Drink
18. The Dragon’s Claws
19. The Theory and Practice of Torture
20.’Goodbye, James’
21. A Man from Moscow



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