Daniel Craig, Permis de séduire

Daniel Craig, Permis de séduire
Paru dans Le Bond 13 (Novembre 2008)
Paru dans Le Bond 13 (Novembre 2008)

Plus sombre, plus froid, plus dangereux, plus humain aussi.

Depuis 2006, et le succès mondial de Casino Royale, 21e film de la saga débutée en 1962 avec James Bond contre Docteur No, Daniel Craig a redonné vigueur à 007 et définitivement renouvelé la franchise des aventures de l’espion de Sa très gracieuse Majesté. Un Bond nouveau donc, à fleur de peau, sensible. La mue engagée se poursuit, empreinte de mystère, de noirceur et de vengeance.

Par Pierre FABRY

Rien n’était gagné. Souvenons-nous… A l’annonce du choix de Daniel Craig pour incarner le sixième agent 007 du cinéma à la suite de Pierce Brosnan, la critique (anglo-saxonne surtout) se déchaîne. Au même titre que la famille royale ou les Beatles, outre-Manche, Bond est une institution qui mobilise des amateurs nombreux et fait naître des débats passionnés.

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Pour réaliser l’ampleur du phénomène, il suffit de voir comment, dans les mythiques studios de Pinewood tout près de Londres où fut tourné tout ou partie des films de la série, la flamme est entretenue. Et plus encore dans toute la Grande-Bretagne, en cette année de centenaire de la naissance de Ian Fleming, créateur du personnage romanesque en 1953. Les cérémonies et lancements officiels se succèdent autour d’un pan de la culture britannique d’après-guerre (voir notre article à ce sujet). Point d’orgue de cette année faste : la sortie de Quantum of Solace.

En 2005, Haro donc sur Daniel Craig, acteur inconnu du grand public, mais éminemment loué et reconnu comme étant l’un des plus talentueux de sa génération. Le choix choque et surprend jusque dans la grande communauté des fans de par le monde. Certains se mobilisent, à grand renfort de sites condamnant Craig à sa perte. On dénigre, sans savoir… et surtout sans faire aucunement confiance aux producteurs, Barbara Broccoli et Michael G. Wilson, respectivement fille et beau-fils, héritiers d’Albert R. Broccoli, créateur d’Eon productions qui président depuis 1962 aux destinées cinématographiques de 007. Ce sont eux qui, depuis 1995, sont les gardiens du temple, les garants de l’esprit de la franchise et de sa pérennité.

Eon (everything or nothing), résume à lui seul cet esprit conquérant et « artisanal » du fondateur qui, avec son compère Harry Saltzman, produisit en 1962 avec un million de dollars à peine, le premier film dont personne ne voulait, James Bond contre Dr No. Fidèles en cela à leur père -, et comme lui en 1981 après l’improbable Moonraker (1979) -, inégalement satisfaits de la tournure prise par la saga avec Meurs un autre jour en 2002, Barbara Broccoli et Michael Wilson se remettent en question, font le pari de tout remettre à plat pour revenir aux fondamentaux.

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Cela tombe bien, il s’agit de s’inspirer fidèlement du premier roman de Ian Fleming, « Casino Royale », le seul non encore adapté à l’écran. Quelques mois auparavant, Eon a enfin acquis les droits de cette ultime aventure, qui avait, en 1967, donné lieu a une version grand guignolesque. Le postulat du récit est simple : la genèse fondatrice du « mythe », ou comment James Bond devient 007 (non sans rappeler au passage le principe du Batman begins de Christopher Nolan,  sorti en 2005, qui a renouvelé les aventures de l’homme chauve-souris).

Dès l’annonce du choix de Craig tout se corse donc. Les tabloïds britanniques se déchaînent contre le « Bond blond » et ses faux airs de tueur russe à la solde du KGB. Avec violence et sans ménagement, les rumeurs succèdent aux quolibets, empoisonnant l’atmosphère studieuse du tournage du film placé sous la houlette de Martin Campbell. Les plus prestigieux noms de la profession prennent la défense du comédien. Au premier rang desquels Pierce Brosnan, les Bond « historiques », Sean Connery et Roger Moore. Et jusqu’à Steven Spielberg qui a « casté » Craig pour son poignant Munich. Qu’importe, le choix courageux paiera… Casino Royale est un colossal succès, le plus grand de la série à ce jour.

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Daniel Craig déploie toute la palette de son talent d’acteur qui n’est pas mince. Un jeu tout en sensibilité et en puissance, en finesse, pour un héros qu’aucuns avaient déjà jugé dépassé par ses concurrents, réduit et condamné aux gadgets ou aux filles lascives. Craig incarne un 007 blessé, mûr, animal qui n’est pas sans rappeler celui de Sean Connery. Son Bond est « border line », tourmenté, moralement éprouvé est psychologiquement bancal, fidèle en cela au personnage imaginé par Fleming. Mieux encore, dans ce film qui se distingue définitivement des vingt précédents, Craig attire à Bond un public nouveau qui jusqu’ici restait froid aux aventures de 007 !

Fort d’un engouement planétaire pour Casino Royale, Quantum of Solace est immédiatement mis en chantier. Après maintes retouches d’un scénario écrit à quatre mains, le tournage débute en janvier 2008 pour s’achever en juin dernier. Comme Pierce Brosnan en son temps, Craig est fortement impliqué dans l’écriture et la production qui, depuis le Chili jusqu’à l’Italie, conduit les équipes aux quatre coins du monde.

Nous retrouvons 007 très exactement là où nous l’avons quitté à la fin du film précédent… Le mystérieux Mr White à ses pieds. Etrennant son statut d’agent « 00 » dans une quête de soi, plus que jamais partagé entre devoir et sentiment, déterminé à comprendre et punir la mort de sa chère Vesper, qui l’a trahi… et sauvé. Derrière tout cela une énigmatique organisation criminelle.

L’aventure commence… Bond is back. Action !

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